PETITES PERCEPTIONS


 Et pour juger encore mieux des petites perceptions que nous ne saurions distinguer dans la foule, j’ai coutume de me servir de l’exemple du mugissement ou du bruit de la mer dont on est frappé quand on est au rivage. Pour entendre ce bruit comme l’on fait, il faut bien qu’on entende les parties qui composent ce tout, c’est-à-dire le bruit de chaque vague, quoique chacun de ces petits bruits ne se fasse connaître que dans l’assemblage confus de tous les autres ensembles, et qu’il ne se remarquerait pas si cette vague qui le fait était seule. Car il faut qu’on en soit affecté un peu par le mouvement de cette vague et qu’on ait quelque perception de chacun de ces bruits, quelques petits qu’ils soient ; autrement on n’aurait pas celle de cent mille vagues, puisque cent mille riens ne sauraient faire quelque chose. 
— Leibniz, Nouveaux Essais sur l’entendement humain

Petites perceptions s’appuie sur des mouvements motivés par des buts pratiques comme frapper, éviter ou lancer. C’est une manière indirecte de définir le mouvement : au lieu de se concentrer sur les qualités formelles du mouvement, les danseurs tentent d’accomplir le plus précisément possible des actions sur des objets imaginaires. Ces buts pratiques donnent aux gestes des qualités motrices très spécifiques : direction, partie du corps, tonus musculaire, vitesse, force, impact, affect de l’interprète… Cette définition indirecte du mouvement permet de conférer aux gestes une richesse kinesthésique qui serait demeurée inaccessible si l’on avait tenté de déterminer directement leurs qualités motrices.

Les séquences de mouvements sont composées d’un seul type d’action. Elles sont donc particulièrement homogènes. Chaque mouvement est différent, mais les différences ne sont pas assez grandes pour que les mouvements individuels puissent être isolés et identifiés. Le spectateur est donc obligé d’appréhender la séquence dans son ensemble et ne peut pas la diviser en parties distinctes. Il n’y a ni évolution ni développement. J’essaie ainsi d’interroger la perception visuelle et kinesthésique du mouvement : jusqu’où va la perception ? Que parvient-on à distinguer, à retenir et à reconnaître ?

 

GÉNÉRIQUE

 

Chorégraphie : Noé Soulier
Avec : Thibault Lac, Daniel Linehan et Noé Soulier
Dramaturgie : Mette Ingvarsten
Musique :
Les Folies Françaises – La Frénésie, François Couperin
Le Clavier bien tempéré, Prélude N. 15 en Sol majeur, BWV 860, Johann Sebastian Bach
Interprétation : Pierre Hantaï

Production : PARTS
Production déléguée : ND Productions (Paris)