LE ROYAUME DES OMBRES & SIGNE BLANC


Le fil de la tradition est rompu et nous devons lire ses auteurs comme si personne ne les avait jamais lus auparavant.
— Hannah Arendt, La Crise de la culture

LE ROYAUME DES OMBRES

Le Royaume des ombres est une série d’expériences sur le vocabulaire de la danse classique. Par des décalages multiples, je tente de perturber sa logique interne et de la rendre visible spatialement et temporellement. Je n’ai utilisé que des pas appartenant à la tradition académique pour focaliser l’attention sur l’agencement des mouvements. L’utilisation du vocabulaire classique est ainsi au service de l’exploration de ce vocabulaire.

Dans la première séquence, les différents pas se succèdent par ordre alphabétique. Le système de la danse classique est relativement résistant à ce type de manipulation. Si l’on associe deux pas de danse classique au hasard, cela produira le plus souvent une transition acceptable. C’est cette résistance que je tente d’éprouver en utilisant différents modes d’agencements. Ainsi la séquence suivante est composée uniquement de pas de préparation. Ce sont les pas de liaison, ceux qui permettent d’exécuter d’autres pas comme l’appel qui précède un saut ou une pirouette. Le danseur tente de faire ces mouvements comme s’il allait réellement exécuter la pirouette ou le saut en question et de s’interrompre au dernier moment en initiant une nouvelle préparation. Ce décalage entre l’intention et l’action du danseur vise à rendre perceptible la manière dont il se projette vers le mouvement à venir.

La dernière séquence est composée d’extraits de ballets du XIXème siècle incluant des personnages masculins, féminins, et fantastiques : La Sylphide (1831), Giselle (1836), Napoli (1841), Paquita (1847), Nathalie ou La Laitière Suisse (1849), Le Corsaire (1858), La Fille du Pharaon (1862), Don Quichotte (1869), Coppélia (1870), La Bayadère (1877), La Belle au Bois Dormant (1890), Le Lac des Cygnes (1895). Ces différents personnages se mêlent au sein de la séquence qui devient une variation de danse classique hétérogène presque monstrueuse.

 

SIGNE BLANC

 

Signe blanc poursuit la recherche du Royaume des ombres avec le vocabulaire de la pantomime des ballets classiques. L’interprète commence par énoncer les gestes de pantomime qu’il accomplit. Les gestes effectués corporellement entrent ensuite en conflit avec ceux qui sont énoncés oralement par l’interprète et ce conflit se renforce à mesure que le décalage entre la parole et le geste augmente. Le corps devient le vecteur de messages multiples, et ces messages peuvent se recouper, se contredire ou se compléter. Le sens ne se trouve plus dans le message lui-même, mais dans l’espace entre les messages, entre le visible et l’audible. Cette opposition se transpose ensuite au sein même du corps, deux gestes étant réalisés en même temps. À nouveau l’écart de sens entre les gestes augmente progressivement jusqu’à ce que l’interprète se trouve écartelé entre des significations contraires. Les gestes sont alors enchaînés dans un flux continu jusqu’à former une séquence à la limite du sens et du mouvement abstrait.

 

GÉNÉRIQUE

LE ROYAUME DES OMBRES

Chorégraphie : Noé Soulier

Production : PARTS
Production déléguée : ND Productions
Noé Soulier est artiste associé au CDCN Toulouse / Occitanie pour la période 2016-2018
Noé Soulier est artiste associé au CN D Centre national de la danse

SIGNE BLANC

Chorégraphie : Noé Soulier
Avec Vincent Chaillet

Production : wpZimmer, Palais de Tokyo
Production déléguée : ND Productions (Paris)
Noé Soulier est artiste associé au CDCN Toulouse / Occitanie pour la période 2016-2018
Noé Soulier est artiste associé au CN D Centre national de la danse